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Paeonia Nordica
Nouvelles trimestrielles de la Société canadienne de la pivoine
Extraits du mois de mai 2010
Mot du président par
Blaine Marchand
Ici à Islamabad, il fait un cuisant 34 degrés Celsius. J’arrive d’une semaine à
Londres où il faisait 5 degrés et pleuvait continuellement. L’année dernière les
pivoines étaient en fleur. Cette année, leurs nez rouges et retroussés sortent à
peine du sol. Au même moment des membres de la SCP me signalent par Internet que
c’est presque l’été au Canada. Leurs pivoines sont de deux à trois en avance de
leur pousse normale. Le temps est si imprévisible et les plantes le sont aussi.
Ceci m’amène à réfléchir aux présentations que nous avons tous hâte de voir au
jardin botanique d’Oshawa les 12 et 13 juin, lors de notre assemblée
générale annuelle (AGM) et exposition. Judi Denny et ses bénévoles sont
actuellement au travail et l’exposition promet d’être instructive et très
intéressante.
Tout comme le temps change d’une saison à l’autre, toute Société évolue au cours
de son cycle de vie, entreprend de nouveaux projets, en adapte quelques-uns, et
en abandonne d’autres.
Comme vous le savez, un comité a revu la constitution de la SCP et ses
règlements ‒ la dernière révision remontait à 1999. Ces changements ont été
adoptés par le Conseil d’administration et ils seront maintenant présentés à
l’AGA pour ratification par les membres de la Société. Ces document étant d’une
importance capitale, nous en avons posté une copie à tous les membres. Vous êtes
priés de les lire attentivement.
Un
autre comité s’est penché sur la collection de pivoines Gilbert afin de
déterminer comment on peut l’utiliser. Devrait-elle être utilisée pour augmenter
les dons aux jardins publics ? Devrait-on établir des critères pour ceux qui
détiennent déjà ou détiendront des parties de la collection ? La progéniture des
pivoines originales se retrouve dans une liste impressionnante de jardins
publics. La Société devrait être fière des dons faits d’un océan à l’autre et
mettre en évidence ce rôle en rendant les pivoines plus visibles au Canada. Nos
prochains dons devraient être planifiés soigneusement.
Les « jardins ouverts » dans différentes régions du pays sont une autre activité
de la Société. Toutefois, il est devenu difficile de recruter de nouveaux
participants prêts à ouvrir leur jardin. Comme Gladys Sykes de la Saskatchewan
écrivait, plusieurs participants ont noté « aucun visiteur n‘est venu ». Aussi,
« le concept est une merveilleuse idée et je ne sais pas pourquoi les gens n’en
profitent pas ». Il est peut-être temps de ré-évaluer cette activité,
d’apprendre comment la rajeunir et intéresser le public en général.
J’anticipe le plaisir de rencontrer les membres à l’AGA et à l’exposition
d’Oshawa. En attendant, que toutes vos pivoines fleurissent, tôt ou tard peu
importe !
L'article vedette -
La pivoine comme plante médicinale par
Roberta Woods
Tellement épris que nous sommes aujourd’hui de la beauté de
la pivoine et parce qu’elle est une excellente plante de jardin, nous avons
tendance à oublier qu’il y eut un temps où la pivoine était hautement considérée
comme herbe médicinale. En effet, il est probable qu’au lieu d’être cultivées
comme plantes d’horticulture, les pivoines étaient plutôt cultivées pour leurs
propriétés curatives. Un rappel de son ancienne utilisation est que les pivoines
ont été nommées d’après Paeon, l’ancien guérisseur grec qu’Homer avait décrit
comme médecin des dieux. Un autre rappel est le nom donné à la plante que nous
connaissons aujourd’hui sous le nom "Paeonia officinalis". En littérature,
"officinalis" veut dire « office », le mot anglais signifiant « bureau » ce qui
représente, dans les termes d’aujourd’hui, la boutique où les herboristes
européens vendaient leurs remèdes. Les médecins de la Chine et du Japon ont
aussi reconnu les propriétés médicinales de la pivoine. En Chine, elles y
étaient connues probablement 600 ans avant Jésus-Christ et certainement avant le
1er siècle av. J.-C. Au début du 8e siècle av. J.-C., la
pivoine a été apportée de la Chine au Japon, non pas pour ses propriétés
horticoles, mais plutôt pour sa valeur médicinale.
En Europe, la première pivoine à être utilisée comme plante
médicinale a été « Paeonia mascula » ou la pivoine « mâle », native de la
Méditerranée. Lors de la période médiévale, « P. mascula » a été
introduite en Bretagne, probablement par les moines. John Gerard (1545-1611/12)
et Nicholas Culpepper (1616-1654) ont fait référence à P. mascula dans leurs
herbiers. Cependant, vers le 16e siècle, P. officinalis, également
native de la Méditerranée, avait été introduite en Bretagne et avait remplacé P.
mascula comme pivoine de choix pour fins médicinales. En Chine et au Japon, les
pivoines herbacées et arbustives étaient cultivées comme plantes médicinales. En
Europe, P. officinalis était cultivée par des moines dans leurs jardins
d’herbes; par des médecins et apothicaires dans leurs jardins médicinaux; et par
de simples individus dans leurs jardins de ville et jardins de campagne. Et
puisque durant la période médiévale et plus tard, la femme au foyer était tenue
responsable de prendre soin des malades, les femmes auraient été impliquées dans
la culture des pivoines. Dans les foyers fortunés, la maitresse de maison aurait
eu un rôle de supervision, mais dans des foyers moins fortunés, elle aurait fait
le travail elle-même.
Selon Culpepper, toutes les parties de la pivoine ne sont pas
également efficaces comme médecine d’herbes. Il classe les racines et les
graines comme ayant la plus grande valeur, les pétales et les feuilles un peu
moins. Il y eut un temps où la récolte des racines était considérée comme
dangereuse. Dans l’ancienne Grèce, il y avait interdiction de déterrer les
racines à la lumière du jour de peur que l’activité soit vue par un pic-bois et
que celui-ci crèverait les yeux du creuseur à coups de bec. La mort était un
autre danger associé au déterrement des racines. Pour remédier à ce risque, on
devait attacher un bout d’une corde à la plante et l’autre bout à la patte d’un
chien. On tentait ensuite de persuader le chien de tirer la plante hors du trou
avec un leurre de « chair rôtie » placé à courte distance. Gerard rejeta
ces anciens mythes et annonça que les racines pouvaient être récoltées en tout
temps de l’année. La récolte de graines était aussi
considérée digne d’un avis d’alerte. Jusqu’à ce que Gerard rejette la
notion, on croyait que les graines de pivoine étaient invisibles à la lumière du
jour, mais pouvaient être récoltées la nuit, car croyait-on, elles brillaient
comme des chandelles.
Après la récolte, les racines de pivoine séchées pouvaient
être façonnées en amulettes et perles ou moulues en poudre. La racine en poudre
était utilisée seule ou mélangée à d’autres ingrédients pour former des poudres
médicinales ou électuaires. Les racines étaient la base de l’eau de pivoine. La
recette de Culpepper suggérait de laver les racines, de les couper en petits
morceaux et ensuite de les faire tremper dans du vin blanc sec pour au moins 24
heures. Avant d’être utilisée, l’infusion était filtrée. Une recette plus
élaborée impliquait d’utiliser 18 racines de pivoine fraichement cueillies,
plusieurs graines, feuilles et fleurs de lavande séchées bouillies ensemble dans
plusieurs gallons de vin et d’eau.
Les remèdes préparés à partir de pivoines étaient employés
pour traiter diverses afflictions. Du temps de l’ancienne Grèce jusqu’au 19e
siècle, certains problèmes reliés à la grossesse, à la naissance d’un enfant et
aux soins donnés aux enfants pouvaient être soulagés avec une préparation de
pivoine. Hippocrate recommandait l’ingestion de graines de pivoine pour
« l’hydropisie» et la dislocation de l’utérus. Les arrêts des menstruations
pouvaient être traités de la même façon. Un électuaire du 17e siècle
était réputé pour soulager ce qu’aujourd’hui on décrit comme étant la nausée,
les vomissements et l’estomac dérangé du début de la grossesse. Une infusion de
racines de pivoine aidait à expulser le placenta. Afin de protéger le nouveau-né
des crises et du haut mal (épilepsie), un herboriste allemand du 18e
siècle recommandait de baigner l’enfant dans de l’eau de pivoine fabriquée avec
des fleurs de pivoine bouillies dans du vin. Les enfants bénéficiaient également
des forces protectrices que leur conféraient les perles de racines de pivoine
suspendues à leur cou. Chez les adultes, la démence, la mélancolie, les
cauchemars, les étourdissements, la passion hystérique, la jaunisse ainsi que le
blocage du foie et des reins étaient sensibles aux traitements par des remèdes
de pivoine.
La grande considération pour les préparations de pivoine a
duré du temps de l’Antiquité jusqu’à la fin du 19e siècle. Cette
longue utilisation peut être expliquée en partie par la nécessité de devoir se
fier à ses propres ressources médicales. À l’exception des gens de la ville,
très peu de gens avaient accès à un médecin ou à un apothicaire. Avec
l’introduction et la promotion des drogues synthétiques à la fin du 19e
siècle, l’utilisation d’herbes, incluant la pivoine, a diminué. Cependant, la
réputation de la pivoine comme plante médicinale n’est pas complètement
anéantie, car encore aujourd’hui la médecine chinoise continue d’utiliser la
pivoine dans la préparation de médicaments.
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